Exigence organisationnelle

Analyse & Gestion des risquesCe qu’exigent NIS 2, DORA, le RGPD et ISO 27001

La cybersécurité ne peut pas reposer uniquement sur des mesures techniques déployées au fil de l’eau. Sans une analyse formelle et structurée des risques, les organisations avancent à l’aveugle : elles protègent ce qu’elles voient, sans nécessairement protéger ce qui compte vraiment. Selon l’ANSSI, une part significative des incidents traités en France aurait pu être évitée ou limitée par une meilleure identification préalable des risques et des actifs critiques.

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Définition

Qu’est-ce que l’analyse et la gestion des risques cyber ?

L’analyse et la gestion des risques cyber constituent le socle de toute démarche de sécurité des systèmes d’information sérieuse. Elles permettent d’identifier les actifs à protéger, d’évaluer les menaces et les vulnérabilités qui pèsent sur eux, et de définir des mesures de traitement proportionnées aux enjeux de l’organisation. C’est aussi une exigence explicite de la quasi-totalité des référentiels en vigueur : ISO 27001, NIS 2, DORA, RGPD, HDS, LPM…

DSI, RSSI, responsables conformité ou membres de la direction : cette page vous présente les exigences clés d’une démarche d’analyse des risques cyber, les méthodes reconnues pour la conduire, et son articulation avec les grands référentiels réglementaires.

L’analyse des risques cyber est une démarche structurée qui vise à identifier, évaluer et prioriser les risques numériques auxquels une organisation est exposée. Elle s’appuie sur une connaissance précise des actifs informationnels de l’organisation, des menaces susceptibles de les affecter, et des vulnérabilités qui pourraient être exploitées.

La gestion des risques va plus loin : elle consiste à définir et mettre en œuvre une stratégie de traitement pour chaque risque identifié, à en assurer le suivi dans le temps, et à rendre compte des risques résiduels acceptés par la direction. C’est un processus continu, pas un exercice ponctuel.

Concrètement, une démarche d’analyse et de gestion des risques cyber répond à quatre questions fondamentales :

  • Quoi protéger ? Identification et classification des actifs informationnels critiques
  • Contre quoi ? Identification des menaces et des vulnérabilités associées
  • Quel est le niveau de risque ? Évaluation de la probabilité et de l’impact de chaque scénario
  • Comment traiter ? Définition d’un plan de traitement avec responsables et échéances

Pourquoi l’analyse des risques est-elle indispensable ?

Une analyse des risques bien conduite produit des bénéfices concrets pour l’organisation :

  • Elle permet de concentrer les investissements sécurité sur les risques les plus critiques
  • Elle fournit à la direction une vision claire et documentée de l’exposition aux menaces
  • Elle constitue la base du plan de traitement des risques et des plans de continuité d’activité
  • Elle démontre aux parties prenantes, clients et régulateurs, que l’organisation maîtrise ses risques
  • Elle est une condition préalable à la certification ISO 27001 et à la conformité NIS 2, DORA ou HDS
L’essentiel

Les points de contrôle communs

Une analyse des risques conforme aux standards reconnus doit respecter cinq exigences fondamentales.

  1. Une méthode formelle d’analyse des risques

    L’analyse des risques ne peut pas reposer sur une approche intuitive ou informelle. Elle doit s’appuyer sur une méthode reconnue et documentée, telle qu’EBIOS RM, OCTAVE, FAIR, MEHARI ou ISO 27005. Cette exigence est explicite dans la clause 6.1 de la norme ISO 27001:2022, qui impose que l’organisation définisse et applique un processus d’appréciation des risques de sécurité de l’information.

  2. La cartographie des actifs et leur classification

    Avant d’évaluer les risques, il faut savoir ce que l’on protège. La cartographie des actifs consiste à recenser l’ensemble des éléments qui ont de la valeur pour l’organisation : données, applications, infrastructures, processus métiers, ressources humaines. Chaque actif est ensuite classifié selon son niveau de sensibilité et sa criticité pour l’activité.

    Cette cartographie est la base de toute analyse des risques sérieuse. Elle permet d’identifier les actifs critiques sur lesquels concentrer les efforts de protection, et de dimensionner les mesures de sécurité de façon proportionnée.

  3. Une revue périodique des risques (au moins annuelle)

    L’analyse des risques n’est pas un exercice ponctuel. Les menaces évoluent, les systèmes d’information changent, les réglementations se renforcent. La norme ISO 27001:2022 (clause 8.2) impose une réévaluation régulière des risques, au minimum une fois par an ou lors de tout changement significatif dans l’organisation ou son environnement.

  4. Un plan de traitement des risques avec responsables

    Pour chaque risque identifié, l’organisation doit définir une stratégie de traitement parmi quatre options : réduction du risque (mise en œuvre de mesures de sécurité), transfert du risque (assurance, sous-traitance), évitement du risque (abandon de l’activité concernée), ou acceptation du risque résiduel. Le plan de traitement doit préciser les actions à mener, les responsables désignés et les échéances associées.

  5. L’acceptation formelle des risques résiduels

    Après application des mesures de traitement, un risque résiduel subsiste toujours. Ce risque résiduel doit être formellement accepté par la direction ou l’organe compétent. Cette acceptation doit être documentée et tracée, car elle engage la responsabilité de l’organisation vis-à-vis des référentiels et des régulateurs.

À savoir

Les méthodes reconnues pour l’analyse des risques cyber

Toutes les approches d’analyse des risques ne se valent pas. Pour être reconnue par les référentiels et les autorités de régulation, une analyse des risques doit s’appuyer sur une méthode formelle et documentée. Deux méthodes font référence en France et en Europe.

  1. EBIOS Risk Manager : la méthode de référence de l’ANSSI

    EBIOS Risk Manager (EBIOS RM) est la méthode officielle d’analyse des risques numériques publiée par l’ANSSI. Développée depuis 1995 et mise à jour en 2010 puis en 2018 et enfin mars 2024 pour être pleinement conforme à la norme ISO 27005:2022, elle est aujourd’hui la méthode de référence pour les organisations françaises, publiques comme privées.

    EBIOS RM repose sur trois valeurs fondamentales : la connaissance, l’agilité et l’engagement. Elle favorise une compréhension partagée des risques entre décideurs et acteurs opérationnels, et s’articule autour de cinq ateliers progressifs :

    • Atelier 1 : Cadrage et socle de sécurité : définition de l’objet de l’étude, des participants, du périmètre et du cadre temporel
    • Atelier 2 : Sources de risque : identification et caractérisation des sources de menace et de leurs objectifs
    • Atelier 3 : Scénarios stratégiques : cartographie des menaces potentielles en prenant en compte l’écosystème de l’organisation et définition des scénarios stratégiques
    • Atelier 4 : Scénarios opérationnels : détail des chemins d’attaque possibles et évaluation de leur vraisemblance
    • Atelier 5 : Traitement du risque : synthèse des risques et définition de la stratégie de traitement

    La méthode est documentée et téléchargeable gratuitement sur cyber.gouv.fr. Elle est reconnue par l’ENISA dans son inventaire des méthodes de gestion du risque, et recommandée par la CNIL pour la conduite des analyses d’impact relatives à la protection des données (AIPD) au titre de l’article 35 du RGPD.

  2. ISO 27005 : le cadre normatif international

    La norme ISO/IEC 27005, mise à jour en novembre 2022, fournit le cadre normatif international pour la gestion des risques liés à la sécurité de l’information. Elle est pleinement compatible avec EBIOS RM et constitue la référence méthodologique exigée par la norme ISO 27001 pour la conduite de l’analyse des risques dans le cadre d’un SMSI.

    ISO 27005 structure la démarche en plusieurs étapes : établissement du contexte, identification des risques, analyse et évaluation des risques, traitement des risques, acceptation des risques résiduels, et surveillance continue. Elle couvre à la fois les sources de risque intentionnelles et non intentionnelles, ce qui la distingue d’EBIOS RM qui se concentre principalement sur les menaces délibérées.

Cartographie croisée

Ce qu’en disent les référentiels

L’analyse et la gestion des risques constituent la famille d’exigences la plus transversale de tous les référentiels de cybersécurité. En structurant une seule fois cette démarche, notamment via ISO 27001, vous progressez simultanément sur l’ensemble de vos obligations réglementaires.

Obligation explicite Exigence partielle Recommandation / implicite
Questions fréquentes

Analyse & Gestion des risques en 4 questions

Quelle est la différence entre EBIOS RM et ISO 27005 ?

EBIOS RM est une méthode opérationnelle développée par l’ANSSI, structurée en cinq ateliers et centrée sur les menaces délibérées. ISO 27005 est une norme internationale qui fournit le cadre méthodologique global pour la gestion des risques liés à la sécurité de l’information, couvrant également les sources de risque non intentionnelles. Les deux sont complémentaires : EBIOS RM version 1.5, publiée en 2024, est pleinement conforme à ISO 27005:2022.

L’analyse des risques est-elle obligatoire pour toutes les organisations ?

Elle est explicitement obligatoire pour les entités soumises à NIS 2, DORA, HDS ou LPM/OIV, ainsi que pour toute organisation souhaitant obtenir la certification ISO 27001. Elle est fortement recommandée par l’ANSSI pour toutes les organisations, quelle que soit leur taille, comme fondement de toute démarche de sécurité des systèmes d’information.

À quelle fréquence faut-il renouveler l’analyse des risques ?

La norme ISO 27001:2022 impose une revue au minimum annuelle. En pratique, une réévaluation doit également être déclenchée lors de tout changement significatif : évolution du système d’information, nouvelle réglementation applicable, incident de sécurité majeur, ou changement organisationnel important.

Qu’est-ce qu’un risque résiduel et comment le gérer ?

Le risque résiduel est le niveau de risque qui subsiste après la mise en œuvre des mesures de traitement. Il doit être évalué, documenté et formellement accepté par la direction ou l’organe compétent. Cette acceptation formelle est une exigence explicite de la norme ISO 27001 (clause 6.1.3) et des principaux référentiels de cybersécurité.

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