Cryptographie & Protection des donnéesCe qu’exigent NIS 2, DORA, le RGPD et ISO 27001
Chiffrer ses données n’est plus une option réservée aux organisations traitant des informations classifiées. Qu’il s’agisse de données de santé, de données financières, d’informations personnelles ou de secrets industriels, la protection cryptographique des données sensibles est aujourd’hui une exigence explicite de la quasi-totalité des référentiels de cybersécurité et de protection des données. Et son absence est sanctionnée : la CNIL a prononcé plusieurs sanctions pour défaut de chiffrement, rappelant que l’article 32 du RGPD impose des mesures de sécurité appropriées incluant explicitement le chiffrement et la pseudonymisation.
Qu’est-ce que la cryptographie appliquée à la protection des données ?
La cryptographie ne se résume pas à activer le HTTPS sur un serveur web. Elle couvre la protection des données au repos sur les serveurs et les postes de travail, la sécurisation des communications en transit, la gestion rigoureuse des clés cryptographiques, et la destruction sécurisée des données en fin de vie. Elle doit s’appuyer sur des algorithmes reconnus, dimensionnés selon les recommandations de l’ANSSI, et être anticipée face à l’émergence de la menace quantique.
DSI, RSSI, responsables conformité : cette page vous présente les exigences clés en matière de cryptographie et de protection des données, les recommandations officielles de l’ANSSI, et leur articulation avec les grands référentiels en vigueur.
La cryptographie est l’ensemble des techniques permettant de protéger l’information en la rendant inintelligible pour toute personne non autorisée. Appliquée à la protection des données, elle couvre trois usages principaux :
- Le chiffrement : transformation des données en clair en données chiffrées, lisibles uniquement par les détenteurs de la clé de déchiffrement
- La signature numérique : mécanisme permettant de garantir l’authenticité et l’intégrité d’un message ou d’un document
- Le hachage : transformation irréversible d’une donnée en empreinte numérique, utilisée notamment pour le stockage sécurisé des mots de passe
L’ANSSI publie et maintient deux documents de référence sur la cryptographie : le Guide de sélection d’algorithmes cryptographiques, qui propose une liste de mécanismes standardisés à l’état de l’art, et les Règles et recommandations concernant le choix et le dimensionnement des mécanismes cryptographiques, qui intègrent désormais les évolutions en cryptographie post-quantique. Ces documents sont destinés aux développeurs, administrateurs, RSSI et évaluateurs.
Les deux dimensions de la protection cryptographique
Une démarche de protection cryptographique des données couvre deux dimensions complémentaires :
- Les données au repos : données stockées sur des serveurs, des bases de données, des postes de travail, des supports amovibles ou dans le cloud
- Les données en transit : données échangées sur les réseaux, qu’il s’agisse de communications internes, d’échanges avec des partenaires ou de flux vers des services cloud
Ces deux dimensions doivent être couvertes simultanément. Un attaquant qui ne peut pas intercepter des données en transit peut tenter d’accéder directement aux données stockées, et inversement.
Les points de contrôle communs
Cinq exigences fondamentales structurent toute démarche de protection cryptographique conforme aux standards reconnus.
Le chiffrement des données sensibles au repos
Les données sensibles stockées sur les systèmes d’information doivent être chiffrées pour garantir leur confidentialité en cas d’accès physique non autorisé, de vol de support ou de compromission d’un serveur. Cette exigence s’applique aux bases de données contenant des données personnelles ou des informations sensibles, aux postes de travail et aux supports amovibles, aux sauvegardes, et aux environnements cloud.
L’ANSSI recommande l’utilisation d’AES-256-GCM pour le chiffrement symétrique des données au repos, un algorithme figurant dans le Référentiel Général de Sécurité (RGS) comme acceptable jusqu’en 2030 et au-delà. Le chiffrement de bout en bout est exigé par l’ANSSI pour les données de santé, les données relatives aux mineurs et les données relatives aux infractions.
Un point d’attention important : le chiffrement des données au repos n’a de valeur que si les clés de chiffrement sont elles-mêmes protégées. Un fichier chiffré dont la clé est stockée à côté n’offre aucune protection réelle.
Le chiffrement des communications (TLS 1.2+)
Toutes les communications transportant des données sensibles doivent être chiffrées en transit. Le protocole TLS (Transport Layer Security) est le standard universellement adopté pour sécuriser les échanges sur les réseaux : sites web (HTTPS), messagerie, API, échanges entre services…
L’ANSSI a publié un guide de recommandations de sécurité relatives à TLS, qui constitue la référence française en la matière. Ses recommandations clés sont les suivantes :
- TLS 1.2 minimum : les versions antérieures (SSL, TLS 1.0, TLS 1.1) sont obsolètes et ne doivent plus être utilisées
- TLS 1.3 recommandé : cette version, plus récente et plus sécurisée, est recommandée par l’ANSSI depuis 2020 pour tous les nouveaux déploiements
- Suites cryptographiques à l’état de l’art : le guide précise les suites cryptographiques acceptables selon le contexte
- Certificats valides et à jour : les certificats TLS doivent être émis par des autorités de certification reconnues et renouvelés avant expiration
NIS 2 (article 21.2(h)) impose explicitement des politiques d’utilisation de la cryptographie et du chiffrement, faisant de TLS une exigence réglementaire directe pour les entités essentielles et importantes.
La gestion sécurisée des clés cryptographiques
La robustesse d’un système de chiffrement dépend autant de la qualité des algorithmes utilisés que de la sécurité de la gestion des clés. Une clé mal protégée rend le chiffrement inutile. La gestion des clés cryptographiques couvre leur génération, leur stockage, leur distribution, leur rotation et leur révocation.
Le Référentiel Général de Sécurité (RGS) de l’ANSSI consacre une annexe entière (B2) aux règles et recommandations sur la gestion des clés cryptographiques. Les bonnes pratiques incluent :
- Le stockage des clés dans des modules matériels de sécurité (HSM, Hardware Security Module) pour les clés les plus sensibles
- La rotation régulière des clés, au moins annuelle pour les clés de chiffrement des données
- La séparation des clés de chiffrement des données qu’elles protègent
- La mise en place d’une procédure de révocation et de renouvellement des clés en cas de compromission
- La documentation de l’ensemble du cycle de vie des clés dans une politique de gestion des clés formalisée
La pseudonymisation lorsque pertinent
La pseudonymisation est une technique de protection des données qui consiste à remplacer les informations directement identifiantes par un pseudonyme, de façon à ce que les données ne puissent plus être attribuées à une personne spécifique sans recours à des informations supplémentaires conservées séparément.
Le 17 janvier 2025, le Comité européen de la protection des données (CEPD) a adopté des lignes directrices spécifiques sur la pseudonymisation. Ces lignes directrices précisent que les données pseudonymisées restent des données personnelles au sens du RGPD, mais que la pseudonymisation contribue à remplir les obligations des articles 5 (principes), 25 (privacy by design) et 32 (sécurité) du règlement. Elle peut également faciliter l’utilisation des intérêts légitimes comme base légale, et réduire les risques en cas de violation de données.
La destruction sécurisée des données
La protection des données ne s’arrête pas à leur durée de vie utile. Des données insuffisamment détruites peuvent être récupérées et exploitées. La destruction sécurisée des données couvre les données numériques sur tous types de supports : disques durs, SSD, supports amovibles, bandes de sauvegarde, et environnements cloud.
L’ANSSI recommande des méthodes de destruction adaptées à la sensibilité des données et au type de support : effacement cryptographique (destruction de la clé de chiffrement rendant les données inaccessibles), écrasement multiple des données, ou destruction physique des supports pour les données les plus sensibles.
Un enjeu stratégique : la transition vers la cryptographie post-quantique
L’émergence des ordinateurs quantiques représente une menace à long terme pour les algorithmes cryptographiques actuellement utilisés. Un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait casser les algorithmes asymétriques les plus répandus (RSA, ECC) en un temps raisonnable. L’ANSSI identifie le risque « Harvest Now, Decrypt Later » (HNDL) comme une menace immédiate : des acteurs malveillants interceptent et stockent dès aujourd’hui des données chiffrées, dans l’objectif de les déchiffrer lorsque les ordinateurs quantiques seront disponibles.
L’ANSSI a publié ses travaux sur la migration vers la cryptographie post-quantique (PQC) et formule plusieurs recommandations clés :
- Inclure la menace quantique dans l’analyse de risque dès aujourd’hui
- Réaliser un inventaire des usages de la cryptographie au sein de l’organisation
- Adopter une approche hybride combinant algorithmes classiques et post-quantiques pour les communications sensibles
- Ne pas acquérir de produits n’intégrant pas de PQC après 2030
À partir de 2027, l’ANSSI cessera de certifier les produits de sécurité sans mécanismes de chiffrement résistants aux ordinateurs quantiques. Les algorithmes post-quantiques recommandés par l’ANSSI incluent ML-KEM (CRYSTALS-Kyber) pour l’échange de clés et ML-DSA (CRYSTALS-Dilithium) pour les signatures numériques.
Ce qu’en disent les référentiels
La cryptographie et la protection des données constituent l’une des familles d’exigences les plus transversales de l’ensemble des référentiels de cybersécurité. En structurant une seule fois cette démarche, notamment via ISO 27001, vous progressez simultanément sur l’ensemble de vos obligations réglementaires.
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PCI DSS
Payment Card Industry Data Security Standard v4.0.1Voir les exigences de PCI DSSLes exigences 3 et 4 du standard PCI DSS v4 couvrent respectivement la protection des données de titulaires de cartes stockées et la protection des données de titulaires de cartes en transit sur des réseaux ouverts et publics. Ces exigences imposent le chiffrement des données de cartes au repos et l’utilisation de protocoles de transmission sécurisés conformes à l’état de l’art.
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ISO 27701
Norme ISO/IEC 27701:2019 — PIMSVoir les exigences de ISO 27701Les exigences héritées de l’ISO 27001 s’appliquent intégralement dans une dimension protection des données personnelles, complétées par le contrôle A.7.4.5 relatif à la pseudonymisation et le contrôle 8.4.2 sur la protection des données personnelles traitées par les sous-traitants. Ces contrôles intègrent explicitement les recommandations du CEPD sur la pseudonymisation.
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ISO 27001
Norme ISO/IEC 27001:2022Voir les exigences de ISO 27001Le contrôle A.8.24 couvre explicitement l’utilisation de la cryptographie, imposant la définition et la mise en œuvre d’une politique d’utilisation des contrôles cryptographiques. Les contrôles A.8.10, A.8.11 et A.8.12 traitent respectivement de la suppression des informations, du masquage des données et de la prévention des fuites de données. C’est le référentiel structurant pour bâtir une politique cryptographique complète et documentée.
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HDS
Hébergement de Données de SantéVoir les exigences de HDSLe référentiel Hébergeur de Données de Santé impose le chiffrement obligatoire des données de santé, tant au repos qu’en transit. Cette exigence est explicite et non négociable : les données de santé constituent une catégorie particulière de données personnelles bénéficiant d’une protection renforcée au titre du RGPD.
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LPM / OIV
Loi de Programmation Militaire — OIVVoir les exigences de LPM / OIVLes arrêtés sectoriels applicables aux Opérateurs d’Importance Vitale imposent le respect du Référentiel Général de Sécurité (RGS) pour le chiffrement des communications et des données sur les SIIV. Le RGS fixe les algorithmes et tailles de clés acceptables, incluant AES-256, RSA-3072 et SHA-256 minimum, valables jusqu’en 2030.
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DORA
Règlement (UE) 2022/2554Voir les exigences de DORAL’article 9 du règlement DORA impose aux entités financières des mesures de protection des systèmes TIC incluant le chiffrement des données, tant au repos qu’en transit. Ces exigences s’appliquent à l’ensemble des systèmes TIC critiques des entités financières soumises au règlement.
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NIS 2
Directive (UE) 2022/2555Voir les exigences de NIS 2L’article 21.2(h) de la directive NIS 2 impose explicitement aux entités essentielles et importantes de mettre en place des politiques et procédures relatives à l’utilisation de la cryptographie et, le cas échéant, du chiffrement. C’est l’une des rares mesures techniques nommément citées dans le texte de la directive, soulignant son importance stratégique.
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RGPD
Règlement (UE) 2016/679Voir les exigences de RGPDL’article 32.1(a) du RGPD cite explicitement la pseudonymisation et le chiffrement des données à caractère personnel parmi les mesures de sécurité appropriées à mettre en œuvre. La CNIL a prononcé plusieurs sanctions pour défaut de chiffrement, rappelant que cette obligation est directement applicable et contrôlable. Un avantage concret du chiffrement : l’article 34 §3a du RGPD dispense de notification aux personnes concernées en cas de violation de données si les données étaient chiffrées avec des clés non compromises.
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SOC 2
System and Organization Controls 2 (AICPA)Voir les exigences de SOC 2Le critère CC6.7 du référentiel SOC 2 évalue la transmission sécurisée des données, incluant l’utilisation de protocoles de chiffrement pour les échanges de données sensibles. La couverture est partielle : SOC 2 se concentre sur la transmission sécurisée et ne couvre pas l’ensemble des dimensions de la protection cryptographique.
Cryptographie & Protection des données en 4 questions
Quels algorithmes de chiffrement l’ANSSI recommande-t-elle ?
L’ANSSI recommande AES-256-GCM pour le chiffrement symétrique des données au repos, RSA-3072 ou supérieur pour le chiffrement asymétrique, et SHA-256 minimum pour les fonctions de hachage. Pour les mots de passe, les algorithmes bcrypt et Argon2id sont recommandés. Ces recommandations sont valables jusqu’en 2030 selon le Référentiel Général de Sécurité. L’ANSSI publie et met à jour régulièrement son Guide de sélection d’algorithmes cryptographiques sur messervices.cyber.gouv.fr.
Quelle version de TLS faut-il utiliser ?
L’ANSSI recommande TLS 1.2 minimum et TLS 1.3 pour tous les nouveaux déploiements. Les versions antérieures (SSL, TLS 1.0, TLS 1.1) sont obsolètes et ne doivent plus être utilisées. TLS 1.3 offre des améliorations significatives en matière de sécurité et de performance, et est la seule version considérée comme robuste dans un contexte post-quantique avec la suite TLS_AES_256_GCM_SHA384.
Qu’est-ce que la cryptographie post-quantique et pourquoi l’anticiper dès maintenant ?
La cryptographie post-quantique (PQC) est un ensemble d’algorithmes conçus pour résister aux attaques d’ordinateurs quantiques. L’ANSSI recommande de l’anticiper dès maintenant en raison du risque « Harvest Now, Decrypt Later » : des acteurs malveillants peuvent intercepter et stocker des données chiffrées aujourd’hui pour les déchiffrer lorsque les ordinateurs quantiques seront disponibles. L’ANSSI recommande de réaliser un inventaire des usages cryptographiques et d’adopter une approche hybride pour les communications les plus sensibles.
Quelle est la différence entre pseudonymisation et anonymisation ?
La pseudonymisation remplace les identifiants directs par un pseudonyme, mais les données restent des données personnelles au sens du RGPD car elles peuvent être réidentifiées avec des informations supplémentaires. L’anonymisation rend irréversible la suppression de tout lien avec une personne identifiable : les données anonymisées ne sont plus des données personnelles et ne sont plus soumises au RGPD. Le CEPD a précisé dans ses lignes directrices de janvier 2025 que la pseudonymisation contribue à la conformité RGPD mais ne dispense pas des obligations du règlement.
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