Exigence technologique

Journalisation & DétectionCe qu’exigent NIS 2, DORA, ISO 27001 et HDS

On ne peut pas protéger ce que l’on ne voit pas. La journalisation des événements de sécurité et la capacité de détection des activités malveillantes constituent les yeux et les oreilles de toute organisation face aux cybermenaces. Sans journaux d’événements correctement collectés, centralisés et analysés, une intrusion peut passer inaperçue pendant des semaines, voire des mois, laissant à l’attaquant tout le temps nécessaire pour s’implanter durablement dans le système d’information.

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Définition

Qu’est-ce que la journalisation et la détection cyber ?

L’ANSSI souligne l’importance stratégique de la journalisation dans ses guides de référence : les journaux d’événements servent à détecter des incidents de sécurité en temps réel, à analyser des incidents a posteriori pour comprendre le cheminement d’une attaque, et à évaluer l’impact d’une compromission. Ils constituent également une source de preuves indispensable pour les investigations numériques et les éventuelles procédures judiciaires.

La journalisation et la détection sont aujourd’hui des exigences explicites de la quasi-totalité des référentiels de cybersécurité : ISO 27001, NIS 2, DORA, LPM, HDS, PCI DSS… avec des obligations précises en matière de durée de conservation, de protection contre l’altération et d’analyse automatisée. DSI, RSSI, responsables conformité : cette page vous présente les exigences clés à mettre en œuvre et leur articulation avec les grands référentiels en vigueur.

La journalisation désigne la collecte et la conservation des traces numériques générées par les systèmes d’information : connexions, actions des utilisateurs, événements système, alertes de sécurité, accès aux données… Ces traces, appelées logs, constituent la mémoire du système d’information et permettent de reconstituer la chronologie des événements en cas d’incident.

La détection est la capacité à analyser ces journaux en temps réel ou à court terme pour identifier des comportements anormaux, des tentatives d’intrusion ou des activités malveillantes. Elle repose sur des outils et des processus qui corrèlent les événements issus de sources multiples pour générer des alertes pertinentes et déclencher une réponse adaptée.

Selon le glossaire de l’ANSSI, la détection est l’ensemble des mesures mises en œuvre permettant d’observer le système d’information pour identifier des événements de sécurité. Elle constitue le premier maillon de la chaîne de réponse aux incidents.

Les six familles d’événements à journaliser

L’ANSSI distingue six familles d’événements qui doivent faire l’objet d’une journalisation systématique :

  • Les événements d’authentification : connexions réussies et échouées, changements de mots de passe
  • Les événements d’autorisation : accès aux ressources, élévations de privilèges, modifications de droits
  • Les événements d’administration : actions des comptes administrateurs, modifications de configuration
  • Les événements de configuration système : installation de logiciels, modifications de paramètres
  • Les événements réseau : connexions entrantes et sortantes, flux suspects
  • Les événements applicatifs : erreurs, accès aux données sensibles, opérations critiques
L’essentiel

Les points de contrôle communs

Cinq exigences fondamentales structurent toute démarche de journalisation et de détection conforme aux standards reconnus.

  1. La journalisation des événements de sécurité

    La première exigence est la mise en place d’une journalisation exhaustive et cohérente des événements de sécurité sur l’ensemble du système d’information. Chaque événement journalisé doit comporter les informations minimales permettant son exploitation : identifiant de l’auteur de l’action, date et heure précises de l’opération, nature de l’action réalisée, et identifiant de l’équipement ou du système concerné.

    L’ANSSI recommande l’utilisation d’un serveur de temps NTP interne pour assurer la cohérence des horodatages dans les logs. Des horloges non synchronisées entre les différents équipements peuvent en effet rendre l’analyse forensique très difficile, voire impossible, en cas d’incident.

    La CNIL recommande d’enregistrer les opérations de création, consultation, partage, modification et suppression des données personnelles, en conservant l’identifiant de l’auteur et la date et heure de l’opération. Les utilisateurs doivent être informés de la mise en place du dispositif de journalisation, idéalement lors de l’authentification ou de l’accès au système.

  2. La centralisation des logs (SIEM)

    La collecte de logs sur chaque équipement individuellement ne suffit pas. Pour être exploitables, les journaux doivent être centralisés dans un système dédié qui permet leur corrélation et leur analyse globale. C’est le rôle du SIEM (Security Information and Event Management).

    Le SIEM collecte les événements issus de l’ensemble des composants du système d’information, les normalise dans un format commun, les corrèle pour identifier des schémas d’attaque, et génère des alertes lorsqu’un comportement anormal est détecté. L’ANSSI recommande le déploiement d’un SIEM pour les entités soumises à NIS 2, et le considère comme un outil indispensable pour toute organisation souhaitant disposer d’une capacité de détection efficace.

    Les outils complémentaires au SIEM incluent l’EDR (Endpoint Detection and Response) pour la surveillance des terminaux, le NDR (Network Detection and Response) pour la détection des mouvements latéraux sur le réseau, et le SOAR (Security Orchestration, Automation and Response) pour l’automatisation de la réponse aux alertes.

  3. La conservation conforme aux obligations légales

    Les journaux doivent être conservés pendant une durée suffisante pour permettre la détection a posteriori des incidents et répondre aux obligations réglementaires. Les durées de conservation varient selon les référentiels applicables et la nature des données journalisées.

    La CNIL recommande une durée de conservation des données de journalisation comprise entre six mois et un an pour les actions d’accès, création, modification et suppression sur les traitements de données personnelles. Pour les traitements soumis à des mesures de contrôle interne, cette durée peut être portée à trois ans si nécessaire. L’ANSSI recommande quant à elle une conservation de 12 mois pour les logs de sécurité.

  4. La protection des journaux contre l’altération

    Les journaux ne sont utiles que si leur intégrité est garantie. Un attaquant qui parvient à modifier ou supprimer les logs peut effacer toutes les traces de son intrusion et rendre l’investigation impossible. La protection des journaux contre l’altération est donc une exigence fondamentale.

    L’ANSSI recommande d’assurer l’intégrité des logs par des solutions de signature numérique ou de stockage WORM (Write Once Read Many), qui garantissent que les journaux ne peuvent être ni modifiés ni supprimés une fois écrits. Les équipements de journalisation et les informations journalisées doivent être protégés pour empêcher toute opération non autorisée. Cela demande aussi d’inclure des limitations en termes d’accès aux utilisateurs ainsi qu’aux administrateurs de la solution.

    La CNIL rappelle également que les journaux ne doivent pas contenir de données personnelles excessives, comme des mots de passe en clair, et que leur utilisation à des fins autres que la sécurité du système d’information constitue un détournement de finalité.

  5. L’analyse et l’alerting automatisés

    Collecter des journaux sans les analyser ne sert à rien. La CNIL encourage explicitement l’analyse automatique des données de journalisation pour détecter rapidement les situations anormales. Cette analyse doit être réalisée en temps réel ou à court terme, pour permettre une réaction rapide en cas d’incident.

    L’analyse automatisée repose sur des règles de corrélation et des modèles de comportement qui permettent d’identifier les anomalies : tentatives de connexion répétées, accès à des ressources inhabituelles, volumes de données anormaux, connexions depuis des localisations géographiques inattendues… Chaque alerte générée doit être qualifiée et traitée par les équipes de sécurité.

Cartographie croisée

Ce qu’en disent les référentiels

La journalisation et la détection constituent l’une des familles d’exigences les plus transversales de l’ensemble des référentiels de cybersécurité. En structurant une seule fois cette démarche, notamment via ISO 27001, vous progressez simultanément sur l’ensemble de vos obligations réglementaires.

Obligation explicite Exigence partielle Recommandation / implicite
Questions fréquentes

Journalisation & Détection en 4 questions

Combien de temps faut-il conserver les logs de sécurité ?

Les durées de conservation varient selon les référentiels applicables. La CNIL recommande entre six mois et un an pour les logs d’accès aux données personnelles, pouvant aller jusqu’à trois ans pour les traitements sous contrôle interne. L’ANSSI recommande 12 mois pour les logs de sécurité. Le référentiel HDS impose trois ans pour les logs d’accès aux données de santé. PCI DSS v4 impose 12 mois avec les trois derniers mois immédiatement disponibles. La durée applicable est celle du référentiel le plus contraignant parmi ceux qui s’appliquent à l’organisation.

Qu’est-ce qu’un SIEM et est-il obligatoire ?

Le SIEM (Security Information and Event Management) est un outil qui collecte, centralise et corrèle les événements de sécurité issus de l’ensemble des composants du système d’information pour détecter les incidents en temps réel. L’ANSSI le considère comme obligatoire pour les entités essentielles soumises à NIS 2. Pour les autres organisations, il constitue une bonne pratique fortement recommandée dès lors que le volume de logs à traiter dépasse les capacités d’une analyse manuelle.

Qu’est-ce que la qualification PDIS et quand est-elle obligatoire ?

La qualification PDIS (Prestataire de Détection d’Incidents de Sécurité) est délivrée par l’ANSSI aux prestataires de services de détection qui répondent à des critères stricts de compétence, de souveraineté et de disponibilité (surveillance 24/7/365). Elle est obligatoire pour les OIV souhaitant externaliser leur capacité de détection sur leurs SIIV dans le cadre de la LPM. Elle constitue également un indicateur de confiance pour toute organisation souhaitant s’appuyer sur un prestataire externe pour sa surveillance de sécurité.

Comment protéger les journaux contre l’altération ?

L’ANSSI recommande le stockage des journaux dans des systèmes WORM (Write Once Read Many), qui garantissent que les logs ne peuvent être ni modifiés ni supprimés une fois écrits. La signature numérique des journaux permet également de détecter toute tentative de modification a posteriori. Les journaux doivent être stockés sur des systèmes distincts des équipements qu’ils surveillent, pour éviter qu’un attaquant ayant compromis un système puisse effacer ses traces.

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